Chroniques ecclésiastiques — Numéro 10

Gare à la glose des glauzateurs !

Si ce que l’on appelle « la dissidence », en vulgarisant certains sujets naguère frappés d’interdit, peut paraître sympathique aux yeux de plusieurs, il nous semble cependant utile de relever ici au moins un point de doctrine nous paraissant particulièrement dissolvant du catholicisme traditionnel.

On apprend que certains plumitifs voudraient défendre l’idée qu’il y aurait d’une part les « défenseurs de l’Ancien Testament, » — et qui ne seraient qu’une engeance de traitres — et de l’autre les « défenseurs du Nouveau Testament » — qui seraient les bons. Or cette opposition infère qu’il y aurait une antinomie entre Ancienne et Nouvelle Loi.

Affirmons sans ambages d’une telle proposition est autant offensante aux oreilles pies qu’inconcevable, impossible, pernicieuse, erronée, en somme : tout-à-fait hétérodoxe, étrangère au dépôt sacré de la foi.

Saint Augustin, par Botticelli — évêque d’Hippone, l’une des plus grandes lumières de l’Église latine.

Saint Augustin dit en effet :

« L’alliance ancienne et nouvelles ne se contredisent pas. »

Dans le même sens, l’Évêque d’Hippone dit ailleurs :

« La Nouvelle Alliance était cachée dans l’Ancienne, comme le fruit dans la racine.

Dans l’Ancien Testament est la prétérition du Nouveau ; dans le Nouveau est la manifestation de l’Ancien. »

S. Augustin dit encore :

« L’Ancienne Alliance est aux intelligences droites la prophétie du Nouveau. »

Dans une formule lapidaire dont S. Augustin a le secret, est résumée toute la doctrine traditionnelle sur la relation entre l’Ancien et le Nouveau Testament :

« Novum Testamentum in Vetere latet, et Vetus in Novo patet — Le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, et l’Ancien devient manifeste dans le Nouveau. »

C’est dans la brume du manichéisme que se profile la silhouette de l’hérésiarque Marcion de Pont, au Iᵉʳ siècle, dont les ouvrages ont été perdus, mais dont il reste des traces dans les écrits polémiques des Pères de l’Église et des auteurs ecclésiastiques.

Ainsi, Ss. Irénée de Lyon et Eusèbe de Césarée, autant que Tertullien, très tôt le dénoncèrent comme hérétique et réfutèrent ses théories dualistes d’un « Dieu méchant » s’étant manifesté dans l’Ancien Testament, et d’un « Dieu d’amour » s’étant fait connaître dans le Nouveau, et prétextant de cela pour rejeter et mépriser tout l’Ancien Testament.

Ὁ ἄγιος Ἐιρηναίος — Saint Irénée, évêque de Lyon (disciple de S. Polycarpe, lui-même disciple de l’Apôtre S. Jean), auteur d’Adversus Haereses, Contre les hérésies, où il y refute les erreurs de l’hérétique Marcion.

Il est donc affligeant de voir réémerger cette détestable erreur du marcionisme, et particulièrement chez les catholiques entendant demeurer ferme dans la vraie foi.

L’orthodoxie nous impose de rejeter de telles théories, et de ne pas prêter l’oreille aux discours de gens dont l’ignorance n’a souvent d’égale que le désordre de leur vie.

Lors de la Veillée Pascale, l’oraison de la IVᵉ prophétie ne demande rien d’autre à Dieu que ceci :

« Ô Dieu […] faites que tous les peuples de la terre deviennent fils d’Abraham, et participent à la dignité israélitique (Israëliticam dignitátem). Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. »

L’Ancien Testament n’est rien d’autre que Jésus-Christ promis et annoncé ; le Nouveau, Jésus-Christ advenu et incarné.

La graine n’est pas l’arbre, pas plus que la racine n’est le fruit. Cependant, il ne saurait y avoir l’arbre sans la graine, pas plus que le fruit, sans la racine. De la graine et de l’arbre, lequel est le plus noble ? À n’en pas douter : l’arbre est plus noble que la graine, de même que le fruit est plus glorieux que la branche qui le porte.

L’arbre et le fruit sont contenus en puissance dans la graine, mais la graine n’est pas supérieure à l’arbre et au fruit.

Ainsi en va-t-il de l’Ancienne et de la Nouvelle Loi.

Le grain meurt car il est ordonné à l’arbre et au fruit. De même, l’Ancienne Loi disparaît pour faire place à la Nouvelle Alliance.

Qui oserait pour autant mépriser et piétiner la graine, sans mépriser et piétiner l’arbre et le fruit tout ensemble ?

2 thoughts on “Chroniques ecclésiastiques — Numéro 10”

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