Chroniques ecclésiastiques — Numéro 20

Commentaire sur la Messe des catéchumènes
d’après le Rational des Divins Offices
de Mgr Guillaume Durand & S. Augustin

Catéchumène est un mot dérivé du grec, κατηχέω, signifiant « instruit de vive voix. »

Ainsi parle Mgr Durand :

« La messe dite des catéchumènes, c’est depuis l’introït jusqu’à l’offertoire. Cette messe (missa) tire son nom du latin emittere, mettre dehors, renvoyer, parce que quand le prêtre commence à consacrer l’eucharistie on renvoie les catéchumènes hors de l’église. D’où vient que, très-anciennement, après la lecture de l’évangile, le diacre avait coutume de crier à haute voix, dans le jubé : “S’il y a ici quelque catéchumène, qu’il sorte dehors.” […]

Ce qui avait lieu parce que, quoique les catéchumènes fussent instruits et fortifiés dans la foi, cependant ils n’avaient pas encore pris la seconde naissance du baptême, et voilà pourquoi ils n’étaient pas encore du corps de l’Église, pas plus que les Juifs et les Gentils. C’est pourquoi ils ne devaient pas assister aux sacrés mystères de l’autel, que l’on ne confie qu’aux fidèles baptisés, et parce qu’on ne doit pas montrer les trésors de l’Église à ses ennemis.

D’où vient qu’il est écrit touchant quelques-uns qui représentaient le type ou la figure de catéchumènes, et n’ayant pas encore pris une seconde naissance :

« Or, Jésus ne se confiait pas à eux, sachant ce qu’il y avait dans l’homme. »

De là vient encore qu’il est dit dans le canon du Concile de Carthage que “l’on empêche le Gentil, l’hérétique et le Juif d’entrer dans l’église et d’ouïr la parole de Dieu jusqu’à la fin de la messe des catéchumènes, et aussi les incestueux.”

L’antique et Ô combien louable pratique de congédier les non-catholiques avant que ne commencent les augustes mystères découle en outre d’un enseignement que Notre-Seigneur prodiga à ses apôtres lors de son sermon sur la montagne :

« Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’il ne les foulent aux pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent. » — S. Matt., vii, 6.

Ss. Jérôme & Augustin, Crivelli, Quattrocento.

Le glorieux évêque d’Hippone commente ainsi :

« Examinons ce que sont ici les choses saintes, les chiens, les pierres précieuses, les pourceaux.

Ce qui est saint, c’est ce qu’on ne peut profaner sans crime, et ce crime, la volonté s’en rend coupable, alors même que la chose sainte reste inviolable.

Les pierres précieuses sont les choses spirituelles du plus grand prix. Cependant une seule et même chose peut réunir à la fois ces deux qualités, d’être sainte et pierre précieuse ; sainte, parce qu’on doit prendre garde de la profaner ; pierre précieuse, parce qu’on doit se garder d’en mépriser la valeur. 

Les chiens sont ceux qui attaquent la vérité, et les pourceaux ceux qui la méprisent. Comme les chiens s’élancent pour déchirer leur proie, et qu’ils mettent en pièces ce qu’ils déchirent, Jésus-Christ nous dit : “Ne donnez pas les choses saintes aux chiens”, car autant qu’il dépend d’eux, ils mettraient en pièces la vérité, si elle n’était inaccessible à leurs efforts. Quant aux pourceaux, quoiqu’ils n’aient pas l’habitude de déchirer avec les dents ce qu’ils rencontrent, ils le souillent en le foulant çà et là dans la fange, et c’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute  : “Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux.”

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