Chroniques ecclésiastiques — Numéro 11

De la glauzerie à la folie

Glauzerie [glozəʀi] n. f. — XXIᵉ ; du nom propre Glauzy.

◆ Erreur, sottise, dite ou écrite, dont l’énoncé est fastidieux autant que verbeux ; sur des matières sacrées, religieuses et théologiques ; émaillée de préjugés trahissant souvent une ignorance profonde des sujets traités.

« Il a dit une énorme glauzerie. »
Callipsyché, Cur non.

« Son livre est truffé de glauzeries. »
Aléthès, Dicendum erit.

Dictionarium comicum chronicorum

Si notre dernier numéro des Chroniques suscita certaines réactions, nous nous réjouissons de ce qu’elles furent dans l’ensemble fort positives.

Cependant, un lecteur nous a fait parvenir ce qu’il convient donc d’appeler une glauzerie [Cf. déf. ci-dessus] et à laquelle il nous paraît bon de répondre dans le dessin de livrer une plus juste esquisse de ce que l’on doit comprendre au sujet du peuple juif dans l’économie du salut.

N’oublions pas ce que dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, s’adressant à la Samaritaine :

« Vous [les Samaritains] adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous [les Juifs], nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » — S. Jean, ıⅴ, 22.

Commentaires & paraphrase de Menochius, S.J. :

« Vous adorez — Le Christ s’opposa à l’objection afin que la femme ne pensât point que — d’après la phrase du Christ — Samaritains et Juifs fussent égaux et que les Samaritains seraient préférés, concernant le lieu et le rite d’honorer Dieu par les sacrifices.

« Vous adorez ce que vous ignorez — Vous vous éloignez de tout le culte de Dieu, non seulement en ce qui regarde le lieu que Dieu choisit, mais encore concernant la connaissance de Dieu même, et aussi de la manière par laquelle Il établit lui-même qu’il fût honoré.

« Le salut vient des Juifs — C’est pourquoi il n’y a point de salut par ceux qui suivent votre rite, mais par ceux qui suivent le rite judaïque, qui est le seul vrai. »

Paraphrase de Cornelius a Lapide (Commentaria in Joannem, cap. IV, 22, § 3) :

« Le salut vient des Juifs — car je suis le Christ, l’auteur du salut envoyé par Dieu, non pas né d’entre les Samaritains, mais des Juifs, dit S. Chrysostome, Cyrille, Theophile, Euthymius, Ammonius et les autres : car la vraie connaissance et le vrai culte de Dieu, qui conduisirent les hommes au salut, et qui jadis, dans l’Ancienne loi, se propagèrent des Juifs vers les gentils, se répandront désormais dans la Nouvelle Loi à tous les gentils par moi, qui suis Juif. »

A priori, cette doctrine ne devrait soulever aucune difficulté. Elle tient son origine des lèvres de Notre-Seigneur lui-même et sa formulation est limpide. Si cet enseignement opposait en nous quelque résistance — ce qu’à Dieu ne plaise —, il faudrait bien vite songer à nous réformer, car celui-ci est trop certain et trop fermement établi pour qu’il ne déploie pas en nous de fermes racines.

L’Apôtre Saint Paul dit en ce sens :

« ³ […] mes parents selon la chair, ⁴ qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et l’alliance, et la Loi, et le culte, et les promesses, ⁵ et les patriarches, et de qui est le Christ selon la chair […] » — S. Paul aux Romains, ıx, 3-5.

Si le Christ est Juif selon la chair, et que les Juifs furent les dépositaires de l’Alliance, S. Paul enseigne un peu plus loin que le rejet du Christ par les fils de l’Alliance a provoqué leur réprobation, et a mérité que l’Évangile fût porté aux gentils :

« ³⁰ Que dirons-nous donc ? Que les gentils, qui ne cherchaient pas la justice, ont atteint la justice, la justice qui vient de la foi, ³¹ tandis qu’Israël, qui cherchait une loi de justice, n’est point parvenu à une loi de justice. ³² Pourquoi ? parce qu’il a cherché à l’atteindre, non par la foi, mais comme s’il avait pu y arriver par les œuvres. Il s’est heurté contre la pierre d’achoppement, ³³ selon qu’il est écrit “Voici que je mets en Sion une pierre d’achoppement et un rocher de scandale, et celui qui croit en lui ne sera pas confondu.” » — ibidem, 30-33.

La pierre d’achoppement étant bien sûr Notre-Seigneur Jésus-Christ.

La réprobation du peuple juif est aussi étroitement lié à l’imprécation qu’ils lancèrent contre Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que Pilate cédât à leurs instances et ordonnât sa Crucifixion :

« Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. » — S. Math., xxvıı, 25.

Et les commentateurs sont unanimes pour qualifier le crime du peuple Juif de très-grand. Saint Léon dit en ce sens :

« Le crime des Juifs surpasse de beaucoup la faute de Pilate […] » — sermon 8, sur la Passion.

D’ailleurs, l’imprécation lancée par la foule juive, d’après certains auteurs, se traduit encore de nos jours de façon très concrète :

« […] il importe que les Juifs portent cette opprobre jusqu’aujourd’hui […] et qu’il est courant [que les Juifs] souffrent le jour même du Vendredi Saint d’écoulements de sang, et tous de pâlir.

S. Vincent ajoute, dans un sermon du Vendredi Saint, qu’à cause de leur imprécation “que son sang soit sur nous…”, lorsque naissent leurs garçons, ils ont la main droite pleine de sang, leur tête reposant dessus. » — Cornelius a Lapide, Commentaria in Mattheum, cap. XXVII, 25.

Pour conclure, nous dirons que si les Juifs sont maculés du Sang du Christ comme Caïn fut jadis marqué d’un signe afin que quiconque le trouvant « ne le tuât point » (Gen., ıv, 14-15) ; de même, quiconque frapperait indistinctement ces êtres marqués du Sang Précieux de Jésus, recevraient la même condamnation que ceux qui eussent cherché à occire Caïn :

« Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois. » — Gen., ıv, 15.

Réprobation de Caïn après la mort d’Abel, de Noël Coypel

Par conséquent, ne traitons pas ces questions à la manière de païens, d’ignorants, ou d’hommes sans sagesse, ne craignant ni Dieu ni sa vengeance.

Quel misérable sort ne fut pas celui de furieux antisémites tels que furent Voltaire, Nietzsche ou Drumont : tous, au seuil de l’éternité, perdirent tout-à-fait la raison et pâtirent des affres de morts honteuses, propre aux réprouvés.

« Quos Jupiter vult perdere, dementat prius, Jupiter rend d’abord fou ceux qu’il a pour dessein de perdre, » disaient les anciens.

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