Chroniques ecclésiastiques — Numéro 3

Particularités liturgiques
du temps de Carême

 

Comme il n’est rien de ce que nous sachons qui n’ait d’abord été appréhendé par nos sens, l’Église —n’ignorant rien de notre nature— souhaite mêmement faire participer notre humanité sensible aux différents temps liturgiques, et ceci dans le dessein d’exciter notre intelligence et nous permettre de pénétrer les différents cycles et festivités en esprit.

Nous allons voir que, durant cette période de Carême, l’Église ne ménage rien pour non seulement nous conduire à mortifier notre chair, mais encore changer nos dispositions intérieures.

Ornements violets

 

Durant le Carême, l’élément liturgique le plus aisément notable est l’usage d’ornements violets dont se parent les autels et le clergé.

Le violet est traditionnellement associé à la pénitence et au jeûne. On l’emploie également pour les Vigiles, les Quatre-Temps et l’Avent, qui, selon la loi ancienne, étaient tous des jours de jeûne et d’abstinence.

Cette couleur nous invite donc à la contrition de nos fautes et à la componction de cœur. N’hésitons pas à lever le nez de nos missels pour participer visuellement aux cérémonies sacrées.

Gloria et versets alléluiatiques suspendus — Trait

À toutes les Messes du temps de Carême, l’on n’entendra plus raisonner les accents triomphaux de l’hymne du Gloria. De même, le verset de l’Alleluia est remplacé par le Trait, plus long et tiré des Psaumes pénitentiels.

Dans des supplications empreintes d’une douleur déchirante, le saint Roi David crie vers le Seigneur pour le pardon de ses péchés et de ceux de son peuple :

« Miserére nobis, Dómine, miserére nobis ! — Ayez pitié de nous Seigneur, ayez pitié de nous ! » Ps. ⅽⅹⅹıı

Préface du Carême

La Préface change, et s’adresse ainsi au Père Tout-Puissant :

« Qui corporalí jejúnio vítia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et præmia… — Vous qui, par le jeûne corporel, comprimez les vices, élevez l’âme et nous accordez la force et la récompense par le Christ Notre-Seigneur. »

Remarquons que la Préface ne considère pas le jeûne comme un simple artifice, mais bien comme le moyen adéquat pour parvenir à l’élévation de l’âme.

Oraison sur le peuple

Outre les oraisons traditionnelles (A cunctis et Omnipotens), l’Église ajoute une ultime prière qu’on appelle « oraison sur le peuple. »

Dans les autres oraisons (Collectes, Secrètes et Post-communion), un « nous » colletif est employé par le Célébrant, indiquant par là qu’il ne s’adresse pas au Père Tout-puissant seulement en tant qu’alter Christus, mais encore avec et au nom de toute l’Église.

En revanche, dans cette dernière oraison sur le peuple, le Célébrant adresse ses prières au Ciel directement, implorant seul, au nom de son pouvoir sacerdotal, la miséricorde divine sur la vigne du Seigneur.

Cette manière de prier n’a d’ailleurs rien de singulier. Rappelons ici les implorations du Prophète Joël, priant d’éparger le peuple de Dieu, que l’on chante ordinairement durant le Carême :

« Parce Dómine, parce popúlo tuo, ne in æternum irascaris nobis — Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, ne demeurez pas irrité contre nous pour toujours. » Joël, ıı, 17.

 

Le Prophète Joël par Michelangelo, plafond de la Chapelle Sixtine.

Le Prophète Joël pria bien en son nom propre, afin que Dieu daignât user de misécorde à l’endroit du peuple d’Israël.

Pour en revenir donc à l’oraison sur le peuple, le Célébrant intime en effet au peuple cette monition :

Humiliate capita vestra Deo — Baissez (ou humiliez) votre tête devant Dieu.

Par cette ordre, l’assistance est invitée à incliner la tête, demeurant ainsi durant toute l’oraison. Cette disposition corporelle doit donc exciter à l’humilité de cœur et d’esprit.

Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler un trait d’histoire narré par saint Grégoire de Tours : à l’aurore du Royaume Franc, tandis que saint Rémy allait baptiser le chef des armées franques, l’évêque de Reims parla ainsi à Clovis…

« Coube la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. »

Conclusion

Au lieu de congédier l’assemblée par le traditionnel « Ite, missa est ! — allez, la Messe est dite ! » adressé face au peuple, durant les temps de pénitence, l’Église semble plutôt nous inviter à prolonger nos prières. Le célébrant, restant tourné vers l’autel, dit en effet :

R. Benedícamus Dómino ! — Bénissons le Seigneur !
V. Deo gratias ! — Rendons grâce à Dieu !

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