Chroniques ecclésiastiques — Numéro 8

Des différents noms de l’Église

En ce temps pascal où tous les membres de l’Église — c’est-à-dire les membres du Christ — se réjouissent avec le Père Éternel des mérites incomparables acquis par Son Fils en vue de la Rédemption de l’humanité, nous souhaiterions soumettre à votre piété quelques considérations sur l’Église et ses différentes épithètes, tirées du Rational des Divins Offices (1) de Mgr Guillaume Durand, évêque de Mende au XIIIᵉᵐ siècle.

 

« IV. Et l’Église d’à présent est appelée Sion, parce que, à cause du pèlerinage de cette vie, placée loin de la promesse des biens du ciel, les hommes l’attendent et la contemplent, et voilà pourquoi elle a reçu le nom de Sion, c’est-à-dire attente ; et, à cause de la patrie et de la paix à venir auxquelles l’Église tend, elle est appelée ; car Jérusalem est interprété vision de la paix. L’église est dite aussi la maison de Dieu (domus Dei), et ce nom vient Διογματε, qui signifie, en grec, droit, comme si l’on voulait exprimer par là que Dieu accorde aux hommes la grâce de demeurer unis par les mêmes sentiments dans son sein.

Jérusalem céleste, tapisserie du Château d’Angers.

On l’appelle aussi parfois Κυρια, c’est-à-dire demeure du Seigneur. Quelquefois Βασιλικη en grec, dont le sens est en latin la cour ou le palais du roi, c’est-à-dire la demeure royale ; et les palais des rois de la terre sont ainsi nommés ; mais notre maison, qui est une maison de prières, est appelée demeure royale, parce que, dans son enceinte, on vient faire sa cour au Roi des rois.

Quelquefois, on donne à l’Église le nom de temple (templum), comme si l’on disait un toit large et étendu (quasi tectum amplum), à l’abri duquel nous offrons des sacrifices à Dieu notre Roi, et parfois le tabernacle ou la tente de Dieu (Dei tabernaculum) ; et ce n’est pas sans raison, parce que sur cette terre notre vie présente est un pèlerinage et qu’elle marche vers la patrie, comme on le dira bientôt ;

et elle est appelée Tabernacle, comme si l’on disait l’étape de Dieu (taberna Dei), comme on l’expliquera en parlant de la Dédicace de l’Église. Au Traité de l’autel, on montrera pourquoi elle a été aussi appelée le Tabernacle ou l’Arche du témoignage, et parfois elle prend le nom de martyrium (martyre), quand elle est bâtie en l’honneur de quelque martyr.

Quelquefois le nom de chapelle, comme on le dira dans la seconde partie, au Traité du prêtre. Quelquefois cœnobium (couvent), quelquefois sacrificium (sacrifice), quelquefois sanctuaire, quelquefois maison de prière, quelquefois monastère (monasterium), quelquefois oratorium (oratoire).

Généralement, cependant, tout lieu établi pour prier peut être appelé oratorium (oratoire). L’Église est encore quelques fois appelée le corps du Christ ; quelquefois même elle est dite Vierge, selon cette parole :

« Je suis jaloux de votre honneur, de la jalousie du Christ ; car j’ai promis de vous garder comme une vierge chaste, pour un seul homme, qui est le Christ. »

Quelquefois elle est dite l’Épouse que le Christ s’est fiancée dans la foi, et dont il dit dans l’Évangile :

« Celui qui a fiancé une vierge est son époux. »

Quelquefois on l’appelle du nom de Mère, parce que chaque jour elle enfante à Dieu, dans le baptême, des fils spirituels ; quelquefois elle est appelée Fille, selon cette parole du prophète :

« Pour remplacer tes ancêtres, des fils te sont nés. »

De même, elle est appelée Veuve parfois, parce qu’à cause des afflictions qui pèsent sur elle, elle s’habille de deuil, et que, comme Rachel, elle ne peut se consoler ; quelquefois elle est représentée sous l’image d’une Courtisane (Meretrix), à cause de l’Église rassemblée parmi les nations, et parce qu’elle ne ferme son sein à personne de ceux qui reviennent à elle.

Quelquefois on l’appelle Cité, à cause de la communion des saints, ses citoyens ; on dit aussi qu’elle est garnie de murailles, à cause du rempart des Écritures dont elle se sert pour repousser les attaques des hérétiques ; enfin, elle est faite de pierres et de bois de différente sorte, parce que les mérites de chacun de ses habitants sont différents, comme on le dira bientôt ; et tout ce que la synagogue a reçu par la loi, l’Église le reçoit maintenant par la grâce du Christ dont elle est l’Épouse, et elle le change en mieux par l’usage qu’elle en fait.

Assurément, l’institution et le plan d’un oratoire ou d’une église ne sont pas nouveaux ; car le Seigneur commanda à Moïse, sur le mont Sinaï, de faire un tabernacle avec les tapisseries merveilleusement tissues et brodées, et il était divisé par un voile interposé en deux parties, dont la première, où le peuple sacrifiait, était appelée le saint ou la sainte, et l’intérieure, où le prêtre et les lévites faisaient leur office, était dite le Saint des saints, comme on le dira dans la Préface de la quatrième partie de cet ouvrage. »

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(1) Rational ou Manuel des divins offices, Durand, t. i.

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