Notule sur la location du Paradis terrestre

Le lieu où se trouve le Jardin d’Éden est une question qui a beaucoup préoccupé les auteurs ecclésiastiques et les Pères de l’Église et qui fut l’objet de nombreuses controverses à travers les siècles. La tradition n’est donc pas unanime.

Les opinions à ce sujet sont si nombreuses et variées qu’il serait trop fastidieux d’en faire ici la recension. Cependant, s’il nous fallait relever quelques éléments récurrents, nous pourrions relater ceux-ci :

1. Le Jardin d’Éden existe réellement ;
2. C’est un lieu véritable qui n’a pas été ni détruit, ni submergé par le déluge, ni lésé par les conséquences du péché originel ;
2. C’est un lieu impénétrable, du moins jusqu’au jugement général ;
3. Le Jardin d’Éden est un lieu élevé qui touche presque le Ciel ;
4. Situé quelque part à l’Orient.

L’opinion de la situation orientale du Jardin d’Éden et en particulier en Mésopotamie a trouvé des appuis répétés à travers les siècles, notamment en raison du fait que le Tigre et l’Euphrate — deux des quatre fleuves du Paradis terrestre — y étendent leurs méandres.

La critique rationaliste et les écoles protestantes ont également beaucoup appuyé l’hypothèse de l’Orient au détriments d’autres hypothèses, et en particulier des origines nordiques de l’humanité.

Étant donné les progrès de la géographie et des techniques modernes d’observation, l’opinion qui voudrait placer le Paradis terrestre quelque part en Asie ne semble plus aisément soutenable, à moins d’admettre que le Seigneur, dans son omnipotence, maintiendrait ce lieu invisible à l’observation des hommes. En effet, toutes ces régions sont désormais bien connues, explorées et cartographiées.

Si la tradition offre plusieurs hypothèse, les Saintes Écritures sont peu loquaces quant à la situation géographique du Jardin des délices.

La Vulgate ne donne pas d’indication spatiale :

Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis a principio : in quo posuit hominem quem formaverat, [Gen., ii, 8].
Le Seigneur Dieu avait planté dès le commencement un jardin délicieux dans lequel il mit l’homme qu’il avait formé.

Cependant, la version des Septantes donnent un texte légèrement différent :

Καὶ ἐφύτευσεν κύριος ὁ θεὸς παράδεισον ἐν Εδεμ κατὰ ἀνατολὰς καὶ ἔθετο ἐκεῖ τὸν ἄνθρωπον, ὃν ἔπλασεν. [LXX, Gen., ii, 8].
Le Seigneur Dieu planta le Paradis dans l’Éden du côté de l’Orient, et y plaça l’homme qu’il avait formé.

I. Distinction entre l’expression « dès le commencement » et « du côté de l’Orient ».

En effet, tous les peuples et civilisations ont identifié la course du soleil dans le ciel allant d’Est en Ouest, aux notions de commencement et de fin. La racine même du mot Orient, orior, signifie « se lever, naître, tirer son origine, » et Occident, occidere, tomber, arrivant à son terme. Par conséquent, on ne saurait voir de contradiction véritable entre la Vulgate qui dit «  dès le commencement,  » (puisque Orient et commencement sont, dans la pensée des anciens, synonymes) et les Septantes qui usent d’une indication spaciale plutôt que temporelle.

II. Distinction entre l’expression « Éden » et « Paradis ».

Notons que le texte des Septantes use de deux termes distincts pour désigner ce que nous appelons indistinctement le Jardin des Délices, le Jardin d’Éden ou encore le Paradis terrestre : d’une part le mot « Éden, » provenant de l’hébreux et signifiant « délice » ; et le mot « Paradis » dont l’origine est plus obscure mais dont la signification est relative à l’idée d’un jardin clôturé, fermé.

Le texte des Septantes place donc le Paradis (παράδεισον) dans l’Éden (ἐν Εδεμ), de sorte que « Paradis » et « Éden » n’apparaissent non point comme deux termes synonymes désignant une seule et même réalité, mais plutôt comme l’un désignant la partie d’un tout, en l’occurence : le Paradis étant une partie de l’Éden, elle-même située à l’Orient.

Il semble donc que le Paradis serait un jardin clos, situé dans la partie orientale de l’Éden, où Dieu se serait plu à placer le premier homme.

L’indication spatiale de l’Orient (κατὰ ἀνατολὰς – vers l’Orient) concernant la place précise du Paradis au sein de l’Éden pourrait nous surprendre, mais s’explique notamment par le fait que cette terre était elle-même divisée par quatre fleuves dont la source était une fontaine descendant du Ciel. L’Éden est donc un lieu à part entière, lui même divisé en parties ou «  régions  » distinctes, reconnaissables.

L’imbroglio sur la location orientale du Jardin d’Éden peut ainsi trouver une résolution :

III. Conclusion.

Il ne faut donc pas comprendre que le Paradis se trouve à l’Orient par rapport à toutes les terres émergées, mais à l’Orient au sein de l’Éden.

L’idée très répandue parmi les anciens — et bien plus vraisemblable — selon laquelle le berceau de l’humanité se situerait aux confins des terres boréales, vers le Pôle Nord, est ainsi sauve.

1 thought on “Notule sur la location du Paradis terrestre”

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