La demi-heure romaine

D’aucuns disent :

– Ah ! Que la Messe n’est-elle dite plus lentement ?

Le temps convenable pour une messe basse est de 30 minutes, excluant bien sûr le mouvement de communion, variant selon l’assistance. On lit dans les Fioretti de Saint Pie X que le Pape de l’encyclique Pascendi disait sa Messe privée en 25 minutes, ce qui peut nous surprendre : mais notons que la Messe privée du Souverain Pontife est une messe basse, sans aucun fidèle, avec pour toute assistance un servant unique. D’autre part, les Italiens ont une dextérité avec la langue latine qui fait souvent défaut aux francophones, qui ont de fâcheuses et regrettables habitudes en matière de prononciation de la langue de Cicéron.

Par ailleurs, il n’y a pas de consignes strictes sur la vitesse à laquelle dire la Messe. On lit cependant chez les moralistes que dire la messe en moins de 20 minutes constituerait une faute grave —ce qui aisément se conçoit.

C’est donc la coutume commune, la coutume romaine, l’esprit liturgique qui régit ce domaine.

– Mais alors, s’il n’y a point stricte prescription, pourquoi ne pas laisser quelqu’espace à la dévotion ?

Le Très-Saint Sacrifice de la Messe est l’acte propre de la vie ecclésiastique, son cœur, son point central, son sommet, l’acmé de toute la vie chrétienne. Tout y converge, tout y tend, la Loi et les Prophètes, l’Ancien et le Nouveau Testament, les Commandements, le droit ecclésiastique, tout a en visée le renouvellement non-sanglant du Sacrifice du Christ sur la Croix et la confection de la Très-Sainte Eucharistie.

Il s’agit aussi de l’acte publique par excellence de l’Église qui n’admet aucun ajout, aucun retrait de la part du célébrant. Tous les gestes, mouvements —les regards même— et jusque dans les plus menus détails, tout est ordonné par les Rubriques, c’est-à-dire des prescriptions liturgiques
 rubrique » vient du mot latin ruber, « rouge, » du fait que les rubriques sont les indications imprimées en rouge dans les livres liturgiques). De là le fait qu‘il n’est pas loisible au prêtre de s’interrompre, de s’appesantir, de laisser libre cours à sa piété personnelle, qu’il réservera à d’autres moments, hors des cérémonies publiques (excepté à de rares moments prescrits par les rubriques, comme après la communion au Précieux Corps où il est dit au prêtre « quiescit aliquantulum in meditatione Sanctissimi Sacramenti – de s’arrêter un bref moment en méditant sur le Très-Saint Sacrement »).

– Mais à quoi bon les lectures de l’Épître et de l’Évangile s’il s’agit simplement de les lire, et non point de les méditer ? Si l’on ne les médite pas, on perd tout profit à ces lectures !

Il ne faut pas perdre de vue que le prêtre, à l’autel, agit in persona Christi. Ce n’est plus le prêtre seul qui parle et acte, c’est le Christ lui-même qui dit et fait, selon l’ordre qu’Il confia à ses Apôtres lors de l’institution de la Scène : « Faites ceci en mémoire de moi » [S. Luc xxii, 19].

La lecture des textes à l’autel n’est pas une lecture, elle est La Lecture : c’est le prêtre qui, in persona Chrsti « en la personne du Christ, » proclame et répète dans le temps la parole éternel du Verbe Incarné. C’est comme un miroir ici-bas de la Parole Éternelle d’en-haut.

Lorsqu’il s’agit de liturgie, le célébrant doit s’effacer tout-à-fait face à la sublimité du rite institué divinement. Là réside la vraie piété, là se trouve le véritable amour du Christ et de son Église.

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