La Fraternité en chiffres

Dans un monde où les banquiers sont maîtres, où le capital apatride seul dicte ses volontés, doit-on s’étonner de voir des congrégations religieuses, sacerdotales, s’adonner à la spéculation ? Il est vrai que l’objet de leurs tripotages diffère en ceci que nous ne parlons pas en termes de parts dans une société anonyme ou d’OPA sur une chaîne de distribution, mais en nombre de prêtres ordonnés, de religieux professes, de chapelets récités. Hé, quoi ? ne faut-il pas tenir ses comptes, tout clerc qu’on soit ?

En redingote ou en soutane, pour le bourgeois, le monde se divise ainsi : entre ceux qui tiennent leurs comptes, et ceux qui ne les tiennent pas. Ceux qui les tiennent sont promis à de grandes destinées, à « réussir leur vie » : Notaires, conseillers financier, cadres… en tout cas un genre de gratte-papier binoclard ou autre tabellion méticuleux.

Dans la vie son but ultime est d’habiter une maison d’une banlieue résidentielle équipée de tout le confort moderne. Son cœur est dur comme l’argent qu’il adore et n’a de respect que pour ceux qui ont un meilleur salaire que lui. Outre tondre la pelouse et épousseter les livres de sa bibliothèque qu’il n’a jamais lus, tenir ses comptes est son activité favorite. Son monde est celui du numérique, où, précisément, tout se chiffre. Entasser piles de paperasses carrelées puis les noircir de chiffres est pour lui pieuse distraction qu’il pratique tous les jours de la semaine — son curé ayant apaisé les remords qui pinçaient sa conscience, puisqu’il est permis, paraît-il, de s’adonner aux œuvres non-serviles le Dimanche. Notez bien l’expression : « Œuvres non-serviles », curieuse ironie de langage, la même œuvre dite « non-servile » ayant réduit Judas à la plus vile des servitudes, celle de l’avarice.

Puisque c’est de comptes bien tenus dont nous parlons, c’est en navigant sur le site officiel de la Maison généralice de la FSSPX que nous avons été interpellé par un topique assez curieux : «La Fraternité en chiffres». Cliquez et voyez. Tout un programme ! C’est à renfort de graphiques, cheminées et fromages que le Jean-Marie Messier mitré, flanqué de son Conseiller financier ensoutané présentent aux visiteurs la chaîne de distribution sacramentaire d’Écône.

Les courbes ascendantes attestent d’ailleurs de la réussite de la boutique.

« La Fraternité en chiffres. » Soit. Les recettes se font donc en prêtres ordonnés ; les investissements en séminaristes et pré-séminaristes. Une sorte de plan d’épargne échelonné sur trente ans. Des actions que l’on fait travailler savamment et qu’on aimerait sans doute, à terme, revendre au prix fort à la multinationale Vaticane.

Pecunia non olet. L’argent n’a pas d’odeur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.