Qu’est-il advenu de l’Arche d’alliance ?

Une question nous avait été adressée concernant la présente location de l’Arche d’alliance. Au terme de notre recherche, nous n’avons pas estimé avoir été en mesure de rassembler suffisamment d’éléments probants pour présenter à nos lecteurs une proposition ferme à ce sujet.

Nous savons de façon certaine que l’Arche d’alliance n’était plus présente dans le Second Temple, et qu’elle fut perdue lors de la destruction de Jérusalem par les armées de Nabuchodonosor en 586 av. J.-C.

Nous avons retranscrit un extrait de l’article du Dictionnaire de la Bible de Vigouroux, assez exhaustif sur le sujet.

 


EXTRAIT DU DICTIONNAIRE DE LA BIBLE
de VIGOUROUX, Paris, Letouzey et Ané, Éditeurs, 1908.

Fascicule III
Art. ARCHE D’ALLIANCE, § iv, Histoire de l’Arche

Histoire de l’arche. L’arche fur construite par Béséléel, conformément aux prescriptions du Seigneur (Exod., xxxvii, 1-9). Le premier mois de la seconde année après la sortie d’Égypte, la fabrication du tabernacle et de tous les objets nécessaires au culte fut achevée, et l’on en fit l’inauguration. Moïse mit les tables de la loi dans l’arche, passa les bâtons dans les anneaux, disposa le propitiatoire à sa place, introduisit l’arche dans le tabernacle, et suspendit en avant un voile qui devait la dérober aux regards (Exod., xxx, 6 ; xl, 1-3, 18, 19). Ce jour-là se montra pour la première fois au-dessus du tabernacle la nuée glorieuse qui révélait la présence du Seigneur, et qui, par sa disparition ou sa permanence, devait régler les départs et les séjours de l’immense émigration. Parmi les lévites, ceux de la famille de Caath furent chargés de garder l’arche, (Num., iii, 31), et aucun membre des autres tribus ni même des autres familles lévitiques, n’avait le droit de la porter, ni seulement de la toucher (Jos., iii, 4 ; II Reg., vi, 6 ; I Par., xv, 2). Quand on levait le camp, les lévites détachaient le voile qui fermait l’entrée du Saint des Saints et en enveloppait l’arche. Ils mettaient par-dessus une couverture de peau teinte en bleu, et une troisième enveloppe couleur d’hyacinthe (Num., iv, 5, 6). Toutes choses étaient remises en état, quand on s’arrêtait pour un séjour prolongé. Dans les marches, l’arche était toujours portée en avant. Quand on l’élevait pour le départ, ou qu’on la déposait à l’arrivée, on entonnait un chant solennel (Num., x, 33-36). Le cantique du départ a été par la suite magnifiquement développé dans le Psaume lxvii.

L’arche était la garantie de l’assistance divine dans le voyage et dans les combats. On le comprit surtout quand, après le retour des explorateurs de Chanaan, le peuple révolté, puis châtié, voulut marcher contre les Amalécites et les Chananéens. Comme le Seigneur n’approuvait pas cette entreprise, l’arche ne sortit pas camp, et en son absence des Hébreux furent défaits (Num., xiv, 44). Pendant le séjour au désert, l’arche guida ainsi le peuple et présida à tous les actes.

Sous Josué, c’est à son contact que les eaux du Jourdain se séparèrent, et permirent à tout le peuple de traverser le fleuve (Jos., iii, 1-iv, 18). Elle fut ensuite portée pendant sept jours autour de Jéricho, jursqu’à l’écroulement des murs de la ville (Jos., vi, 6-16). Enfin elle présida, entre le mont Hébal et le mont Garizim, à la scène grandiose des bénédictions et des malédictions (Jos.,viii, 33). Dès l’établissement dans la Palestine, il avait fallu se préoccuper de trouver au tabernacle et à l’arche qu’il contenait un lieu de résidence ordinaire. Le lieu choisi fut Silo, dans la tribu d’Éphraïm, au contre du pays conquis (Jos., xviii, 1). Là fut établie la « maison du Seigneur », (Jud., xviii, 31 ; xx, 18 ; I Reg., i, 24) auprès de laquelle demeurait le grand prêtre (I Reg., i, 24 ; iii, 3). Mais comme alors le tabernacle était fixé dans des conditions qui ne permettaient plus de le déplacer facilement comme au désert, l’arche était emportée seule en cas de guerre. C’est ainsi qu’on la trouve à Béthel pendant la lutte contre les Benjamites, (Jud., xx, 18, 26, 27) — et non à Silo comme saint Jérôme l’explique à tort au v. 18. Sous le grand prêtre Héli, elle fut emmenée à la guerre contre les Philistins et prise par eux. Cette catastrophe inouïe plongea tout Israël dans la plus amère désolation (I Reg., iv, 3-22) ; mais Dieu lui-même allait prendre soin de sa gloire. Aux yeux des Philistins, la capture de l’arche était la victoire rempotée par leur dieu sur le Dieu des Israélites ; aussi placèrent-ils le glorieux trophée dans le temple de Dagon, à Azot. Mais deux jours après de suite ils trouvèrent leur idole d’abord renversée, puis mutilée devant l’arche. En même temps, une maladie honteuse frappa les habitants d’Azot, et de terribles fléaux fondirent sur leur région. Les Philistins promenèrent alors l’arche de ville en ville ; mais partout où elle arrivait, la colère divine se déchaînait, si bien que les gens d’Accaron refusèrent de lui ouvrir leurs portes (I Reg., v). Enfin, au bout de sept mois, sur le conseil de leurs prêtres et de leurs devins, les Philistins la placèrent sur un chariot neuf traîné par deux vaches, y joignirent des présents expiatoires, et laissèrent les animaux aller où ils voulurent. Ceux-ci se dirigèrent vers le pays des Israélites. Dès que les habitants de Bethsamès, dans la tribu de Juda, virent arriver l’arche, ils furent au comple de la joie. Les lévites la déposèrent sur une grande pierre, et l’on immola devant elle les deux animaux qui l’avaient conduite. Mais les Bethsamites jetèrent volontairement sur elle des regards indiscrets, soit qu’elle neût plus ses voiles, soit qu’ils eussent eu la témérité de les soulever. Un certain nombre de Bethsamites payèrent de leur vie cette irrévérence. Les survivants envoyèrent alors dire aux gens de Cariathiarim de venir chercher l’arche (I Reg., vi). Ceux-ci arrivèrent, et, instruits par l’expérience de leurs voisins, se comportèrent avec plus de respect. On ne voulut pas, sans une révélation spéciale, reconduire l’arche jusqu’à Silo, et on l’arrêta à Gabaa, colline voisine de Cariathiarim (I Par., xiii, 6) ; on la plaça dans la maison du lévite Abinadab, et on consacra son fils Éléazar pour la garder. Elle resta là pendant vingt ans (I Reg., vii, 1, 2), et Saül vint l’y prendre pour l’emmener avec lui dans la guerre contre les Philistins (I Reg., xiv, 18).

Après avoir battu à son tour ces irréconciliables ennemis, David voulut retirer l’arche de sa demeure provisoire, afin de la placer à Sion, le siège de sa puissance. Pendant près de trois siècles, elle avait été à Silo, sous la garde de la tribu d’Éphraïm, alors prépondérante. Avec David, la suprématie politique passait à la tribu de Juda, à qui la prophétie de Jacob promettait de si glorieuses destinées. Il important que le contre religieux ne fût pas distinct du contre politique. Les veaux d’or érigés à Béthel et à Dan ne montrent que trop ce qu’on eût fait à Silo, si l’arche y eût résidé encore au temps de Jéroboam. David se rendit à Gabaa avec les hommes de Juda, et fit placer l’arche sur un chariot neuf, que dirigeaient Oza et Ahio, fils d’Abinadab ; le roi et les hommes jouaient des instruments dans le cortège. À un moment, un faux pas des bœufs fit vaciller l’arche, et Oza étendit la main pour la soutenir. Il fut aussittôt frappé de mort, sans doute parce que, bien que lévite, il s’était arrogé un droit qui n’appartenait qu’aux descendants de Caath (Num., iii, 31). Cet accident effraya David, qui laissa l’arche dans la maison d’Obédédom le Géthéen, probablement dans le voisinage de Jérusalem. Elle y devint une source de bénédictions pour toute la maison où elle résidait. Au bout de trois mois, le roi vint la reprendre, et en fit la translation solennelle dans le nouveau tabernacle qu’il avait élevé à Sion (II Reg., vi, 1-17 ; I Par., xiii, 3-14 ; xv-xvi, 1). À l’occasion de cette fête furent composés les Psaumes xxiii et civ ; le Psaume cxxxi, de date plus récente, rappelle les principaux détails de cette translation.

Toutefois l’arche n’avaient encore à Sion qu’un abri précaire ; David et ses officiers y songeaient avec peine, (II Reg., vii, 2 ; xi, 11), et le saint roi préparait tout pour que son fils pût élever un temple digne d’elle. Dans son respect pour l’arche, il ne voulut pas qu’on l’éloignât de Jérusalem, quand lui-même eut à fuit devant Absalom révolté, et il ordonna au grand prêtre Sadoc et aux lévites qui la lui apportaient de retourner avec elle à Sion (II Reg., xv, 24-29). Salomon alla offrir des holocaustes devant l’arche, à la suite du songe où il avait demandé à Dieu la sagesse, (III Reg., viii, 1-21 ; II Par., v, 7-9). La sortie de l’arche n’est plus mentionnée sous les sucesseurs de Salomon. Il est à croire pourtant que des rois impies, comme Manassée et Amon, la retirèrent du Saint des saints pour la reléguer ailleurs ; car Josias dut ordonner aux lévites de la remettre à sa place, en leur défandant de la transporter désormais (II Par., xxxv, 3).

Aux approches de la captivité, Jérémie annonça que le rôle de l’arche était fini ; désormais, surtout au temps du Messie, « on ne dira plus : l’arche de l’alliance du Seigneur. On n’y pensera plus, on ne s’en souviendra plus, on ne la visitera plus, et elle ne sera pas rétablie » (Jér., iii, 16). Le prophète eut lui-même mission de la faire disparaître avant les mauvais jours. Dans une lettre des Juifs de Jérusalem à ceux d’Égypte, le fait suivant est rapporté comme extrait d’un écrit de Jérémie :

« Le prophète, sur un ordre reçu de Dieu, commanda qu’on apportât avec lui le tabernacle et l’arche, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à la montagne sur laquelle Moïse était monté, et d’où il avait vu l’héritage de Dieu. Quand Jérémie y fut parvenu, il y trouva l’emplacement d’une caverne, y plaça la tente, l’arche et l’autel des parfums, et en boucha l’entrée. Or quelques-uns de ceux qui étaient avec lui s’approchèrent pour remarquer l’endroit, et ils ne purent le trouver. Jérémie s’en aperçut et les blâma en disant : cet endroit restera ignoré jusqu’à ce que Dieu rassemble la famille de son peuple et lui fasse miséricorde. C’est alors que le Seigneur manifestera ces choses, que la majesté du Seigneur apparaîtra, et qu’il y aura une nuée comme celle qui se montrait à Moïse, et comme celle que vit Salomon quand il demanda que ce lieu fût consacré au Dieu souverain. »

Cette lettre, consignée au second libre des Machabées, ii, 4-8, ne participe pas, d’après certains exégètes, à l’inspiration du livre, parce qu’elle y est simplement rapportée ; mais elle représente assurément une tradition sérieuse, antérieure de plus d’un siècle à l’ère chrétienne, et bien plus digne de foi que le récit du IVe livre apocryphe d’Esdras, x, 22, qui fait prendre l’arche par les Chaldéens, ou que celui des Talmudistes, d’après lesquels Josias aurait caché l’arche dans un réduit très-secret, ménagé par Salomon, en prévision de la prise et de l’incendie du temple. Les rabbins pensent que l’arche sera retrouvée à la venue du Messie.

Ce qui est certain, c’est que l’arche n’était pas dans le second temple. Il n’en est jamais fait mention, dans les occasions mêmes où son souvenir s’imposait, par exemple dans les récits de la consécration du temple ou de la restauration du culte. Il est vrai qu’au second livre des Paralipomènes, v, 9, le chroniqueur, qui est probablement Esdras, dit de l’arche : « Elle fut là jusqu’au jour présent. » Mais tout le monde reconnaît que l’auteur a puisé à des sources diverses, et a inséré dans son œuvre des documents antérieurs. La remarque qui précède doit appartenir à un de ces documents, écrit avec la captivité et cité mot à mot, tel que le rédacteur des Paralipomènes l’a trouvé dans ses sources.

1 thought on “Qu’est-il advenu de l’Arche d’alliance ?”

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